Après la première et la deuxième crise du pétrole (1973-1979), la situation a totalement changé. Des pays producteurs de pétrole ont décidé d'augmenter de façon draconienne les prix du pétrole; à un certain moment un baril de pétrole coûtait dix fois le prix appliqué la décennie précédente. Ceci a entraîné une récession économique violente. Les efforts se sont concentrés sur l'économie d'énergie et non plus sur l'expansion, ce qui a fait chuter la demande de pétrole. Conséquence: une surcapacité de production. La crise du pétrole a également engendré des prévisions erronées. Après l'explosion des prix en 1973, on a cru que les prix - tant du pétrole brut que des produits finis - resteraient élevés et même qu'ils continueraient à grimper. Le contraire s'est produit. Suite aux économies d'énergie et à la surcapacité, ils ont en effet commencé à baisser. Durant cette période, au début des années septante, le complexe anversois a été complètement modernisé. A côté des unités existantes est apparue une toute nouvelle raffinerie avec entre autres de grandes unités de distillation atmosphérique et sous vide, une installation de désulfuration des fuels et plusieurs autres fabriques. Les plans ont d'ailleurs été adaptés durant la construction. C'est ainsi que le Craqueur Catalytique ou CatCracker, qui était sur le point d'être rasé, a été sauvé, parce que la valeur ajoutée des produits pétroliers légers convertis avait fortement augmenté - une conséquence directe de la crise du pétrole. Dans les années quatre-vingts, l'industrie pétrolière - Esso comprise - a réagi par des mesures visant à augmenter sensiblement la productivité: réorganisations, restructurations, expansion, modernisations et automatisation. Le réseau de vente et de distribution est devenu moins dense; le nombre de dépôts et de points de vente a été réduit sensiblement, tandis que les volumes écoulés ou vendus par établissement augmentaient considérablement. C'est dans ces circonstances qu'est née, au milieu des années quatre-vingts, Esso Benelux, un lien de collaboration étroite entre Esso Belgium, Esso Nederland et Esso Luxembourg. La raffinerie Esso de Rotterdam, construite au point culminant de la croissance, a été reconstruite pour plus de 2,5 milliards de florins en mettant l'accent sur la conversion en profondeur, c'est-à-dire la conversion des fractions de pétrole lourdes, moins attrayantes, en produits plus légers de plus grande valeur. Après la modernisation, la raffinerie de conversion ne produisait plus une goutte de fuel lourd grâce au nouveau FLEXICOKER (un brevet d'Exxon). Cette installation de craquage thermique transforme les hydrocarbures les plus lourds en hydrocarbures plus légers. En même temps que le FLEXICOKER, un grand nombre de nouvelles unités ont été construites, et c'est donc un complexe industriel totalement neuf qui a vu le jour. Plus tard, en 1994, un nouvel investissement important a suivi: la construction de l'HydroCraqueur, une unité de désulfuration et de conversion. La raffinerie d'Anvers s'est également de plus en plus concentrée sur des produits à haute valeur ajoutée. Elle s'est développée jusqu'à devenir le principal producteur européen de solvants, produits commercialisés par ExxonMobil Chemical. D'autres investissements ont suivi, dont une usine d'alkylation et une unité de production d'oléfines supérieures et, tout comme à Rotterdam, une centrale dite de cogénération dont la production d'électricité couvre quasiment les besoins de la raffinerie. |